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Théorie de l’esprit et fausses croyances : comprendre les tâches de L2

Cours de psychologie · L2 · 6 min de lecture

Niveau conseillé : L2. La répartition des notions varie selon les universités ; utilise cette page en complément de ton CM et de tes TD.

Tu sais que les clés sont dans le tiroir, mais ton colocataire les a laissées sur la table avant qu’elles soient déplacées. Pour prévoir où il cherchera, tu dois tenir compte de ce qu’il sait, et pas seulement de ce que tu sais toi-même. Cette distinction est au cœur de l’étude de la théorie de l’esprit.

Objectifs : définir l’attribution d’états mentaux, expliquer une tâche de fausse croyance et comprendre pourquoi une réussite ou un échec ne résume pas toutes les compétences sociales d’une personne.

1. Que désigne la théorie de l’esprit ?

L’expression renvoie à la capacité d’attribuer à soi-même ou à autrui des états mentaux, tels que des croyances, désirs, intentions ou connaissances, et d’utiliser ces attributions pour comprendre les conduites. Elle ne désigne pas une théorie scientifique que chacun réciterait consciemment.

Il faut la distinguer de l’empathie. Comprendre ce que quelqu’un croit, partager son émotion et se soucier de son bien-être sont des dimensions liées mais différentes. Une personne peut correctement anticiper une action sans éprouver l’émotion de son auteur.

La théorie de l’esprit n’est pas non plus une lecture directe des pensées. Il s’agit d’inférences à partir d’informations disponibles, avec une possibilité d’erreur. Le contexte, le langage et les expériences sociales contribuent à ces raisonnements.

2. Pourquoi étudier une croyance fausse ?

Si un personnage croit que son objet se trouve là où il est réellement, prédire sa recherche ne prouve pas que l’on représente sa croyance. On peut simplement désigner l’emplacement réel. Une fausse croyance crée une différence entre la représentation du personnage et l’état du monde.

Les tâches de changement de localisation, associées notamment aux travaux de Wimmer et Perner (1983), utilisent cette différence. Leur intérêt est de demander une prédiction fondée sur une information qui n’est plus vraie pour l’observateur mais qui reste pertinente pour le personnage.

La difficulté ne consiste donc pas seulement à mémoriser deux lieux. Il faut tenir compte de l’accès du personnage à l’information : a-t-il vu le déplacement, en a-t-il été informé, ou demeure-t-il ignorant du changement ?

3. Décomposer une tâche de déplacement

Exemple pédagogique original : Nora range un carnet dans un panier, puis quitte la pièce. Pendant son absence, Alex déplace le carnet dans un tiroir. Nora revient. On demande : « Où Nora va-t-elle chercher son carnet en premier ? »

Si rien n’indique que Nora a appris le déplacement, la réponse attendue dans ce scénario est le panier. Le tiroir est la localisation réelle, mais pas celle correspondant à sa croyance. La précision « en premier » aide à distinguer la recherche initiale de la possibilité qu’elle trouve ensuite le carnet.

QuestionFonction dans le protocole
Où Nora cherchera-t-elle en premier ?Évaluer la prédiction fondée sur sa croyance
Où est réellement le carnet ?Vérifier la connaissance de la réalité
Où Nora l’avait-elle rangé ?Vérifier la mémoire de l’emplacement initial
Nora a-t-elle vu le déplacement ?Vérifier l’accès du personnage à l’information

Ces questions contrôles ne suppriment pas toutes les difficultés, mais elles permettent de mieux interpréter la réponse principale. Une erreur due à l’oubli du premier emplacement n’a pas la même signification qu’une difficulté à prendre en compte la croyance.

4. Premier ordre et second ordre

Une attribution de premier ordre porte sur ce qu’une personne pense du monde : « Nora croit que le carnet est dans le panier. » Une attribution de second ordre porte sur ce qu’une personne pense de l’état mental d’une autre : « Alex pense que Nora croit que le carnet est dans le panier. »

Le second ordre introduit un emboîtement supplémentaire. Il faut suivre qui a vu quoi et qui sait que l’autre a vu. Ajouter simplement un personnage dans une histoire ne crée pas automatiquement une tâche de second ordre ; c’est la structure de l’attribution qui importe.

Astuce de TD : écris séparément l’état du monde, l’information de Nora et l’information d’Alex. Tu évites ainsi de donner à tous les personnages ce que seul le narrateur connaît. Cette méthode sert à analyser le protocole, pas à simplifier excessivement le fonctionnement psychologique réel.

5. Le développement dépend aussi de la tâche

Dans de nombreuses tâches explicites classiques, la réussite évolue fortement au cours des années préscolaires. La méta-analyse de Wellman, Cross et Watson (2001) a examiné cette évolution ainsi que l’effet de caractéristiques des protocoles. Les performances ne doivent pas être transformées en une date universelle à laquelle « la théorie de l’esprit apparaît ».

Comprendre la consigne, mémoriser l’histoire et inhiber une réponse fondée sur sa propre connaissance sollicitent d’autres capacités. La formulation des questions ou les supports utilisés peuvent modifier les exigences. Les tâches reposant sur le regard ou l’anticipation ne sont pas non plus équivalentes à une réponse verbale explicite.

Les interprétations des mesures implicites et leur relation avec les tâches explicites font l’objet de débats. Une réponse rigoureuse précise donc la mesure utilisée et le type de compétence qu’elle permet d’examiner.

6. Ce qu’il faut éviter d’inférer

Échouer à une tâche ne prouve pas que l’enfant ne comprend aucun état mental. Réussir ne garantit pas une compréhension parfaite de toutes les situations sociales. Un score isolé ne permet pas non plus de conclure à un diagnostic ou à un manque d’empathie.

Cette prudence est particulièrement importante lorsque ces tâches sont discutées à propos de différences neurodéveloppementales. Une population ne peut pas être réduite à une absence globale de compréhension d’autrui ; les profils, le langage, les expériences et les conditions de mesure varient.

Sur le plan méthodologique, la question utile est : « Quelles explications cette tâche permet-elle de départager ? » Elle est plus précise que « Cet enfant a-t-il ou non une théorie de l’esprit ? ».

7. Exercice corrigé : modifier une seule information

Reprends le scénario de Nora, mais suppose maintenant qu’elle observe discrètement Alex déplacer le carnet, sans qu’Alex le sache.

  1. Où Nora cherchera-t-elle en premier, selon le scénario ?
  2. Alex peut-il penser qu’elle cherchera ailleurs ?
  3. Quelle question mobilise un raisonnement de second ordre ?

Correction. 1. Dans le tiroir, puisqu’elle connaît le déplacement. 2. Oui : s’il pense qu’elle n’a rien vu, il peut anticiper une recherche dans le panier. 3. « Où Alex pense-t-il que Nora cherchera ? » demande de représenter sa croyance sur la croyance ou la connaissance de Nora. Répondre correctement suppose de suivre leurs accès différents à l’information.

8. Comment rédiger une réponse de partiel

Définis le concept, présente l’état réel et l’information accessible au personnage, puis explique la réponse attendue. Ajoute les questions contrôles et une limite de la mesure. Tu montres ainsi pourquoi le protocole est informatif et pourquoi il ne mesure pas, à lui seul, toute la cognition sociale.

Sources et lectures

Pour poursuivre tes révisions

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